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Diagnostic d'une anéjaculation: à propos de 72 patients

  • Dominique Delavierre1Email author,
  • Marie-Hélène Hapi1 et
  • Bonaventure Nsabimbona1
AndrologieJournal officiel de la Société d’Andrologie de Langue Française14:BF03034791

https://doi.org/10.1007/BF03034791

Reçu: 15 février 2004

Accepté: 15 février 2004

Resume

Introduction

L'anéjaculation est définie par l'absence d'éjaculation par le méat urétral malgré une érection normale et une stimulation sexuelle appropriée et prolongée.

Matériel et Méthodes

Du 01/01/97 au 15/07/2002, 72 patients âgés de 17 à 72 ans (moyenne 43 ans; 65% < 50 ans) ont consulté le même uro-andrologue en raison d'une anéjaculation. Soixante neuf souffraient d'une altération de leur vie sexuelle (13 d'entre eux souhaitaient un enfant), 3 recherchaient uniquement des informations.

Résultats

47 patients (65%) ne présentaient pas d'orgasme (anorgasmie), 25 (35%) pouvaient atteindre l'orgasme (éjaculation rétrograde: n=9 ou sèche: n=7 selon la présence ou non de sperme dans les urines après l'orgasme, anéjaculation indéterminée: n=7, éjaculation asthénique: n=2).

Des facteurs de risque psychologiques ont été dépistés chez 30 patients (42%) : contexte anxiodépressif ou stress chez 16 patients, difficultés conjugales chez 9 patients, traumatisme psychologique après maladie ou intervention urogénitale chez 6 patients, désir d'enfant mal assumé ou rejeté chez 4 patients, nouvelle partenaire pour 3 patients, désamorçage sexuel pour 2 patients, traumatismes psychologiques ou sexuels dans l'enfance pour 2 patients, harcèlement professionnel pour 1 patient.

Les autres facteurs de risque dépistés étaient surtout neurologiques (34 patients, 47%: essentiellement neuropathies périphériques après chirurgie pelvienne ou rétropéritonéale chez 12 patients, ou diabétiques pour 9 patients), et médicamenteux (16 patients, 22%: essentiellement inhibiteurs de la recapture de la sérotonine chez 10 patients).

Parmi les anorgasmies, 57% avaient des facteurs de risque psychologiques, 36% neurologiques et 34% médicamenteux contre respectivement 12%, 68% et 0% parmi les autres anéjaculations.

Vingt-cinq patients (35%) présentaient plusieurs facteurs de risque avec une prédominance psychologique chez 14 d'entre eux.

Chez 11 patients (5 éjaculations rétrogrades et 6 anorgasmies) aucun facteur de risque n'a été dépisté. Toutefois l'orientation étiologique chez les 6 patients anorgasmiques était psychologique en raison des caractères sémiologiques de l'anorgasmie (sporadique avec notamment obtention d'un orgasme lors de la masturbation).

Ainsi parmi les anorgasmies 70% des patients avaient des facteurs de risque ou une orientation étiologique psychologiques (anorgasmies primaires 100%, secondaires 63%) contre 12% parmi les autres anéjaculations.

Conclusions

  1. 1)

    Le diagnostic d'une anéjaculation nécessite dans un 1er temps d'en préciser la variété.

     
  2. 2)

    Le diagnostic étiologique repose surtout sur l'interrogatoire.

     
  3. 3)

    Les facteurs de risque et étiologies sont le plus souvent psychologiques mais aussi neurologiques et médicamenteux lors d'anorgasmie, le plus souvent neurologiques lors des autres anéjaculations.

     
  4. 4)

    L'éjaculation rétrograde peut être idiopathique.

     
  5. 5)

    L'appellation „anéjaculation psychogène” parfois employée pour désigner l'anorgasmie devrait être réservée aux anorgasmies primaires car des facteurs de risque organiques peuvent être mis en évidence lors d'anorgasmies secondaires.

     
  6. 6)

    Un bilan psychologique et une prise en charge globale sont souhaitables notamment lors d'anorgasmie car l'urologue même spéciallisé en andrologie ne dépiste pas tous les facteurs de risque psychologiques.

     

Mots clés

éjaculation anéjaculation anorgasmie éjaculation rétrograde

Notes

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