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La différenciation sexuelle du cerveau par les gonadostéroïdes. Minirevue

AndrologieJournal officiel de la Société d’Andrologie de Langue Française10:BF03034495

https://doi.org/10.1007/BF03034495

Résumé

Cette revue expose les grands concepts relatifs à la différenciation sexuelle du cerveau des mammifères ainsi qu’ils furent formulés à partir d’expériences menées pour la plupart sur le rat de laboratoire. La différenciation sexuelle du cerveau est sous déterminisme génétique et épigénétique. Seul de déterminisme gonadostéroïdien épigénétique est abordé ici. La situation chez l’Homme sera évoquée en dernier. La différenciation sexuelle de l’anatomie et de la chimie du cerveau se conçoit avant tout comme nécessaire à l’émergence d’une différenciation fonctionnelle, les besoins de l’organisme suscités par la présence d’un ovaire ou d’un testicule étant différents. Au cours de l’organogenèse cérébrale, la gonade imposera donc son sexe lors de la construction de certains réseaux neuroniques qui constituent le “système voméronasal” dans le cerveau primitif. Celui-ci comprend en amont l’organe voméronasal sensible aux phéromones qui détermineront des adaptations comportementales et endocriniennes après traitement de l’information par l’hypothalamus. À bien des égards, le cerveau se sexualise comme se différencie l’appareil génital: le testicule détourne une structure bipotente d’un programme de différenciation féminine. La masculinisation du cerveau a lieu à un stade précoce de développement, pendant une période critique de sensibilité des neurones à l’action morphogénétique de la testostérone. L’empreinte testiculaire aura des effets d’organisation, permanents et irréversibles qui toucheront tous les niveaux d’action (métabolisme, chimie, pharmacologie…) et d’organisation (neurones et glie, axones, dendrites, synapses…) du tissu nerveux. D’une région cérébrale à l’autre, les mécanismes précis de sexualisation sont différents. Souvent, la testostérone agit après son aromatisation en œstradiol dans les neurones, mais le déterminisme stéroïdien peut aussi être purement androgénique ou mixte, andro-œstrogénique. Cette empreinte stéroïdienne régulera des processus d’apoptose, de croissance neuritique, d’acquisition de phénotype chimique. L’influence masculinisatrice du testicule étant la plus évidente, elle fut la mieux étudiée. Toutefois, la suppression expérimentale de l’empreinte testiculaire chez le mâle ne se traduit pas toujours par le développement inhérent des caractéristiques féminines. En effet, certains systèmes neuroniques nécessitent la présence de l’ovaire pour acquérir leurs caractéristiques définitives. Ainsi, le cerveau femelle n’est pas un cerveau indifférencié, et en cela s’écarte-t-il du schéma embryologique propre à l’appareil génital. Chez l’espèce humaine, des dimorphismes sexuels de l’anatomie et la chimie du cerveau sont aussi observables. Leurs conséquences fonctionnelles sont difficiles à circonscrire, autant que chez l’animal, d’ailleurs, et ce, essentiellement à cause de la complexité et de l’hétérogénéité locale du cerveau qui obscurcissent la lecture des rapports structure/fonction. Toutefois, des données histologiques concernant les cerveaux d’homosexuels et de transsexuels laissent à penser qu’orientation sexuelle et identité sexuelle auraient une base biologique. Chez l’Homme comme chez l’animal, le comportement sexuel — c’est-à-dire certains rapports sociaux — dépendrait, au moins en partie, de caractères innés.

Mots-clés

différenciation sexuelle du cerveau dimorphismes sexuels hypothalamus œstradiol testostérone gonadolibérine

Notes

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