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L’aromatase testiculaire: Du gène a la proteine

  • S. Carreau1 et
  • J. Levallet1
AndrologieJournal officiel de la Société d’Andrologie de Langue Française8:BF03034484

https://doi.org/10.1007/BF03034484

Resume

La conversion irréversible des androgènes en estrogènes est assurée par l’aromatase, complexe enzymatique constitué de deux entités protéiques: un cytochrome P450 aromatase, spécifique de la liaison du stéroïde et de la réaction d’aromatisation, et une réductase ubiquitaire. L’aromatase est présente dans le réticulum endoplasmique de nombreuses cellules stéroïdogènes de vertébrés, et notamment les gonades. C’est une protéine unique de 503 acides aminés chez l’homme appartenant à la superfamille des cytochromes P450; elle est codée par un gène d’au moins 75 kb comportant 17 exons, dont 8 non codants soumis à un épissage alternatif. Le développement de la RT-PCR quantitative a permis de dénombrer dans le testicule du rat adulte, les transcrits de l’aromatase, non seulement dans les cellules de Leydig et de Sertoli mais aussi dans les cellules germinales à différents stades de leur maturation. Les taux d’ARNm du P450arom décroissent de 50% dans les cellules germinales entre le stade spermatocyte pachytène et spermatide ronde, et deviennent très faibles dans les spermatozoïdes.

En outre, en fonction du degré de maturation du testicule, le nombre de copies de l’ARNm varie, en particulier dans la cellule de Sertoli adulte où le taux est 20 fois inférieur à celui des cellules immatures alors que dans les cellules de Leydig la quantité d’ARNm augmente sensiblement avec l’âge. Très récemment nous avons rapporté l’existence de deux transcrits non-codants (perte du domaine de liaison à l’hème) dans les spermatocytes pachytènes et les spermatides rondes résultant d’un épissage alternatif impliquant la partie 3′ des pré-ARNm de l’aromatase. L’aromatase a été par ailleurs localisée par immunohistochimie dans les cellules de Leydig chez l’homme, chez le rat, le porc, le bélier et l’étalon. Nous avons confirmé l’existence de l’aromatase dans les cellules de Leydig, mais nous l’avons aussi mise en évidence sur coupes testiculaires, dans les cellules situées à proximité de la lumière des tubes séminifères (plus précisément dans les spermatides allongées et les spermatozoïdes). Après incubation avec de l’androstènedione tritiée, la présence d’une protéine biologiquement active, non seulement dans les cellules de Leydig mais aussi dans les cellules germinales (activité enzymatique 2–5 fois plus forte dans les spermatozoïdes que dans les cellules germinales plus jeunes), a été confirmée. Les effets précis de l’aromatase testiculaire et des estrogènes restent à explorer de manière approfondie dans la mesure où l’on ne connaît pas bien les cibles moléculaires de ces hormones. En résumé, la présence du cytochrome P450 aromatase dans les cellules somatiques et les cellules germinales du rat mâle confirment donc l’existence d’une source supplémentaire d’estrogènes dans le testicule de certains mammifères ce qui serait en faveur d’un rôle physiologique nouveau pour ces hormones sexuelles femelles dans la régulation des fonctions testiculaires.

Mots clés

ARNm Gène Aromatase Testicule Mammifères

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